Dans les yeux de (Christelle)

Christelle, Responsable hôtelière à la résidence Tiers-Temps a accepté de partager avec nous sa vision du confinement, sans tabous.

Jour 7 : La situation que nous vivons tous depuis quelques jours est inconfortable, le stress est bien là, c’est indéniable, mais paradoxalement, je me sens assez calme et sereine car toute l’équipe avec laquelle je travaille a eu le temps de se préparer à ce confinement. Je sais que les prochains jours risquent d’être compliqués, tout le monde pense à la confrontation avec le virus. Mais j’ai ce petit côté optimiste qui me laisse à penser qu’il nous épargnera. Peut-être…

Au travail j’arrive à gérer la situation, mais je dois bien l’avouer à la maison c’est un peu différent. Etant éloignée de mes proches, je suis rapidement confrontée à la solitude, une solitude lourde à supporter. Mais c’est comme ça. Alors je m’adapte au fur et à mesure. J’ai changé mes habitudes, je privilégie les petits magasins aux grandes surfaces, pour éviter trop de contacts. J’ai renoncé au sport privilégiant la marche avec ma chienne. Comme beaucoup de monde j’ai attaqué le nettoyage de printemps dans mon appartement. Mais dès qu’il fait beau, je file dans mon petit jardin pour profiter du soleil et me vider la tête quelques instants. J’essaie d’éviter la monotonie ce n’est pas toujours simple. Mais c’est la situation qui veut ça, je dois l’accepter, c’est la condition pour s’en sortir vite. Tout le monde doit y mettre du sien.

Je vis le confinement d’une façon différente de la plupart des gens. En effet, je n’ai pas cessé mon activité professionnelle et cela ne me cause aucun sentiment d’injustice. Quand on me pose la question à ce sujet, je réponds « non je ne suis pas obligée d’aller travailler ». Bien au contraire, je suis fière de vivre ce moment difficile de l’intérieur aux côtés de nos anciens. C’est ma façon à moi d’apporter ma pierre à l’édifice et d’avoir une utilité. Je pense que c’est le sentiment de toute mon équipe. La peur est là, on ne va pas se le cacher, mais nous avons surtout peur pour les résidents qui sont fragiles en raison de leur âge et de leurs pathologies. Mes collègues ont conscience de la responsabilité qui est la leur et du risque de transmettre le virus. Mais mon rôle est de neutraliser toute situation anxiogène. Je suis à leurs côtés et je lève leurs craintes en les rassurant. Il est essentiel qu’elles restent positives et qu’elles se fassent confiance, ce sont des professionnelles, elles connaissent leur métier et les gestes barrières pour tenir éloigner ce virus. Nous sommes bien préparées, je le redis. Nous nous retrouvons régulièrement dans le cadre de réunions pour finaliser les dernières procédures et nous ne cédons pas un pouce à la panique. Notre objectif est de tout mettre en œuvre pour protéger nos résidents le plus longtemps possible, nous ne devons en aucun cas leur transmettre notre stress éventuel.

Avec mes collègues nous avons mis en place un petit jeu, cela permet d’alléger un peu notre quotidien. Nous essayons de deviner laquelle d’entre nous se fera contrôler la première par la police. Pour l’instant aucune d’entre nous ne l’a été. C’est vrai que nous limitons nos déplacements personnels et professionnels au strict minimum, dans l’intérêt des résidents. Moins nous bougeons, moins nous risquons d’être contaminées et de contaminer les résidents. C’est notre priorité. Pour nous le télétravail est inenvisageable pour des raisons évidentes, mais tous ceux qui le peuvent doivent rester chez eux.

Même si ces les résidents subissent l’éloignement avec leur famille suite aux mesures de confinement, ils sont assez sereins. Les appels vidéo réguliers leurs permettent de garder le contact avec leurs proches et de les rassurer. Les familles peuvent les appeler autant qu’elles le souhaitent et inversement, ainsi que leur envoyer des photos et des messages par mail. Nous les relayons aussitôt. Nous mettons également tout en œuvre pour les occuper avec des activités simples en petits groupes. Nous tenons à les rassurer et à rassurer aussi les familles. Nous prenons soins de vos proches, nous veillons sur eux !

J’aimerais vous adresser un message :

Aux personnes confinées :

Je sais que ce n’est vraiment pas facile pour vous d’être confinés, mais c’est important pour tous, vous, vos proches, les soignants, et toutes les personnes qui travaillent parce que leur métier ne permet pas le télétravail. C’est en restant chez vous que vous aussi participez à vaincre ce virus, alors svp « RESTEZ CHEZ VOUS »

J’en profite pour avoir une pensée pour les personnels soignants bien sûr, mais aussi pour les pompiers, policiers, ambulanciers, gardiens de prison, militaires, gendarmes, les routiers qui nous permettent de ne manquer de rien, les éducateurs qui œuvrent auprès des enfants et des personnes handicapées dans les institutions, aux caissières, et bien entendu aux agents hôteliers des EHPAD et hôpitaux, pardons à ceux que je n’ai pas cité, à tous, bon courage, on va y arriver!

Et aux familles :

 Prenez soin de vous, nous sommes auprès de vos proches, nous veillons sur eux. Vous pouvez les appeler, envoyer des photos et des messages par mail, nous les transmettrons avec plaisir.

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